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6088m : je l’ai fait !!!

6088m : je l’ai fait !!!

Avec un tel titre, ça ne laisse pas beaucoup de place au suspense ! Mais ce n’est pas grave, je l’annonce directement : oui, nous y sommes arrivés à bout du Huyana Potosi :-) :-) :-) Récit de cette montée incroyable de nuit, si riche en émotions. Mais aussi de la descente, si difficile.

Mais déjà, comment s’est passée cette nuit un peu particulière ? Courte, beaucoup trop courte ! J’ai mis du temps à trouver le sommeil, trop excité et tendu aussi pour cela. J’ai dû dormir convenablement jusqu’à 22h. Puis, j’ai eu envie d’aller aux toilettes…mais vu qu’elles étaient dehors, je n’avais pas le courage de sortir de mon duvet chaud et me retrouver dans le froid. J’aurais dû pourtant car ça m’a gâché le reste de la nuit. Ruth a eu le courage d’y aller elle ! Mais à priori, elle n’en a pas mieux dormi pour autant.

On se réveille un peu après 1h. Une bonne tasse de thé pour se motiver, un peu de pain et du beurre histoire d’avoir un léger quelque chose dans l’estomac et il ne nous reste plus qu’à nous préparer. On enfile toutes nos couches (on en retirera probablement un peu en montée et surtout dans la descente), on chausse directement les crampons, on met les baudriers, le casque et la lampe et cette fois, on est parti pour de bon pour la dernière ligne droite, la plus intense. Il est 2h.

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Je suis le dernier de cordée, je ne sais pas si cela veut dire que j’ai l’allure la plus lente. Quoiqu’il en soit, j’ai les yeux fixés sur les traces de Ruth juste devant. Le rythme imposé par le guide est juste et bien adapté à nous 2 afin qu’on ne se crame pas dès le début. Pied droit, pause d’1 sec, pied gauche, pause…

Après une 1ère partie relativement plate, ça y est on débute vraiment la montée, longue…longue !!! On distingue au loin devant et derrière d’autres petites lumières : ceux qui sont partis de nuit comme nous mais un peu plus tôt car du refuge général, 200m plus bas. On distingue à peine les contours de la montagne alors de voir certains qui sont loin devant nous, avec le dénivelé assez fort, on pourrait presque les confondre avec les étoiles. Mais il ne vaut mieux pas regarder, ça ne fait pas forcément du bien au moral que de voir à quel point il va falloir grimper à la verticale pour les rattraper.

Mais j’imagine comment cela doit être de jour quand tout est clair, dur dur !

On distingue aussi très bien les lumières de La Paz au loin sur un des cotés, superbe. Et on monte ainsi pendant quelques heures, lentement mais sûrement en essayant de ne pas faire trop de pauses pour ne pas casser le rythme.

 

Au bout de 2h, on doit user des piolets pour escalader une paroi plus verticale sur quelques mètres (difficile de dire combien, entre 5 et 10m). Là, l’effort physique est plus intense et on sent l’impact tout de suite après lorsqu’il faut se remettre à marcher, cela paraît immédiatement plus dur.

On continue d’enchaîner la longue montée en virages, je rêve à certains moments d’une pause au détour de l’un d’entre eux afin de boire un peu et d’avaler un morceau de snickers gelé (ça essouffle d’ailleurs plus qu’autre chose de grignoter). J’ai un peu mal à la tête mais c’est très supportable et de toute façon, je n’imagine pas faire retour arrière.

L’eau est froide aussi mais pas gelée : pour cela, on a fait bouillir de l’eau avant de partir et on a recouvert précieusement les bouteilles par 2 épaisseurs de chaussettes.

On continue, on continue…Un des derniers passages parait très raide de nuit, on commence à être bien fatigué, il faut se motiver encore plus ! On voit toujours ces petites lumières devant nous, ils paraissent si haut par rapport à nous :-( On ferait bien une petite pause mais notre guide nous pousse à continuer sinon on ne sera pas au sommet à temps.

Après cette dernière montée qui nous a encore plus cassé, nous arrivons vers 6h presque au top. Il ne reste plus que le dernier passage, relativement plat mais….délicat : la corniche. Ruth qui commence à être bien cassée laisse son sac pour continuer plus légèrement. Il ne nous reste que 30 minutes maximum, on y est presque !!!

L’aube n’est plus très loin si bien que l’on commence à distinguer un peu mieux le relief.

 

Avec l’excitation, j’aborde cette dernière voie plus facilement, surtout qu’il n’y a presque plus à grimper. Et si ce n’est pas autant physique que précédemment, c’est par contre beaucoup plus impressionnant. Le genre d’endroit où l’on débranche son cerveau pour ne pas percevoir le danger (dans mon état de toute façon, je n’y pense même pas !) : une corniche très étroite où on avance l’un derrière l’autre, et quelques fois un pied derrière l’autre même. A droite, un muret de neige à mi-hauteur dans lequel on peut planter son piolet pour s’assurer, avec derrière le vide intégral. Et à gauche, un peu mieux mais pas trop : une pente assez raide qu’il ne vaudrait vraiment vraiment mieux pas dévaler.

Mais peu importe, je vois le bout à quelques centaines, dizaines de mètres…je n’y crois pas encore !!! Je peux ressortir l’appareil photo pour profiter des 1ères lumières presque au sommet :

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Je n’y suis même pas encore mais je sens déjà les yeux humides. J’ai l’impression de ne plus avoir de forces dans les bras, je m’aide des 2 mains pour planter le piolet dans ce muret de neige bien utile pour avancer. Mais même à bout, rien ne m’arrêterait maintenant.

Et ENFIN le sommet !!!!!!!!!!! Je n’arrive pas à y croire, j’y suis : sur un des toits du monde, à 6088m exactement !!!!

Comment expliquer le sentiment du moment ? Impossible. Disons que c’est un mélange d’émotion intense, de bonheur, de bien-être, de satisfaction, de force. Un mélange que j’ai rarement (jamais ?) ressenti.

En l’écrivant et en y repensant, j’en ai encore des frissons.

En tout cas, le moment définitivement le plus intense de ce voyage, il sera difficile de faire mieux. Je ressens la même émotion que ce coucher de soleil inoubliable en Antarctique, si petit dans cette immensité de montagnes, mais ici avec la fatigue et l’excitation qui décuplent ce ressenti.

Et je le vois, Ruth est dans le même état que moi. On tombe dans les bras l’un de l’autre, crevés et émus.

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Et maintenant, il n’y a qu’à profiter de cet instant très rare en admirant toutes les montagnes autour au soleil levant. Et l’ombre pyramidale du Huayna se dessiner petit à petit sur la vallée. Un seul mot, magique :

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Et c’est bien sûr aussi le moment de la séance photo pour immortaliser cet instant rare :

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Mais il faut déjà penser à la descente. Déjà ??!! On ne sera resté que 15 minutes, mais avec le vent soufflant, il ne faut pas traîner. Pourtant, dans mon état, je n’ai absolument pas froid.

Il faut aussi laisser la place aux suivants, la plateforme n’est pas bien large et d’autres ne sont pas encore arrivés.

Un dernier coup d’œil depuis le top et on entame la descente. Cette fois-ci, c’est moi qui suis en 1er. Merci le guide de m’avoir mis en 1ère ligne pour aborder cette belle corniche qui était assez délicate à la montée…et encore plus impressionnante à la descente et de jour ! Autant, j’avais l’impression que j’aurais pu courir à l’aller, dans un état surexcité, autant à la descente, je mets très délicatement un pied devant l’autre.

Impossible de filmer, il faut vraiment avoir les 2 mains disponibles et il est préférable de ne pas trop jouer ici…

Après cette corniche vraiment délicate à gérer, surtout à la descente, on s’accorde une bonne pause à l’endroit où Ruth a laissé son sac, et reprendre quelques forces pour le retour. On l’a bien mérité quand même non ?!

On ne voit plus directement le sommet ici, dissimulé derrière une paroi rocheuse à quelques dizaines de mètres au-dessus de nous.

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On a fait le plus dur, il nous reste à redescendre au refuge de base, normalement en 3-4h. Le plus dur ? C’est ce que je pensais…

Oui, car cette descente nous aura laissé un mauvais souvenir autant à l’un qu’à l’autre. Ruth était très fatiguée par la dernière partie de l’ascension et en descendant, elle a commencé à sentir de violentes crampes d’estomac.

De mon côté, je me sentait fatigué mais ça semblait aller. En fait, non ! Très rapidement, j’ai senti mes forces diminuer au fur et à mesure jusqu’à me sentir “à sec” : plus aucune force dans les jambes pour avancer.

Tous les 2, on souffre donc vraiment pour la descente, c’est dément ! Peut-être pire que pour la montée !!! On est obligé de multiplier les arrêts, on marche extrêmement lentement, bref on y arrive pas. Comment est-ce possible ?

De mon côté, en 1ère position, j’ai du mal à marcher droit (la neige fraîche n’aide pas), je titube… A l’approche du refuge intermédiaire, avec la fatigue et un peu de poudreuse, je tombe, ce qui fait chuter aussi Ruth et le guide en dernier. Il y a une pente très légère à cet endroit et dans la poudreuse, sans force, je n’arrive pas à trouver de prise pour me re-hisser sur le chemin. Ruth et le guide sont obligés de me tirer à la corde. Je crois qu’il a eu un petit moment de panique mais heureusement, la pente était extrêmement légère, je n’aurais pas glissé plus loin.

Il nous fait du coup un peu la morale sur le moment sur notre état de fatigue et sur le fait qu’on aurait dû le prévenir avant. Oui mais jusqu’à la descente, on se sentait encore en forme et capable de continuer.

J’essaye tout de même de prendre quelques photos et de faire des vidéos. Ce ne sera pas tous les jours que je vivrai ce genre d’expérience :

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On se motive à l’approche du refuge intermédiaire qu’on distingue au loin. On aura mis un temps fou pour y arriver ! Et là, Ruth comme moi, on s’effondre ! Pas le choix, on n’est pas en état de repartir de suite. On restera 30 minutes sans rien dire, à reprendre un peu nos esprits, pliés en 2…

Cette pause nous permet aussi de retirer la cordée. Allez, on se motive, il faut bien repartir ! Cette pause a fait quand même un peu de bien, on continue tant bien que mal, difficilement mais pas aussi critique qu’entre le sommet et ce refuge.

On passe l’autre refuge intermédiaire général, 200m plus bas, et on continue doucement. On sent quand même que ça va un peu mieux. On commence à sourire un peu pour les photos (bon OK, on fait un peu les fiers mais on se force vraiment).

On continue jusqu’à la limite rocs /neige où on va pouvoir remettre des chaussures plus légères.

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Dernière partie ! Il doit nous rester encore 1h, on y est presque. Ensuite, c’est le repos assuré. Ruth est très fatiguée, un peu comme sur l’Isla del Sol, sans force. Je m’entend encore lui dire “plus que quelques mètres, on y est presque” alors qu’on s’approche du petit lac marquant la fin du parcours.

 

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On y arrive tant bien que mal, épuisés ! On en aura bien bavé, mais je me souviens maintenant avoir déjà entendu que dans ce genre de randonnée, la descente était parfois pire que la montée. Comme on a mis beaucoup plus de temps que prévu pour redescendre, on ne s’y attarde pas car la voiture attend pour repartir à La Paz. Juste le temps de souffler un peu, de se changer, de manger une banane. Et d’admirer une dernière fois d’ici cette montagne qu’on a gravie, même après coup, je n’y crois toujours pas !

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On souhaite bon courage à ceux qui débutent pile au moment où l’on termine (les 3 français croisés hier au refuge par ex.), un re-re-dernier regard à la montagne et une photo avec notre guide sans qui ça n’aurait pas été possible (photo très mal cadrée prise par le chauffeur !)

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Dans le bus qui nous ramène à La Paz, pas la peine de dire qu’on s’éteint en quelques secondes. La fatigue physique, la pression qui retombe (dans tous les sens du terme). Cet après-midi, c’est dééééééétente !!!!

 

Voilà, fin d’une mini-aventure que j’ai tant attendue, si intense et plus qu’à la hauteur de mes espérances . Je n’ai pas besoin d’en rajouter des lignes je pense, vous l’aurez bien compris.

Même si dans l’immédiat, je n’imagine pas le refaire dans la foulée, je le sais avec certitude : un jour, je ferai un autre grand sommet pour retrouver de nouveau ces sensations magiques.

Un des moments les plus forts de ce voyage…et de cette vie.

 

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motivate
verbe: motivate, motive

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